En Italie, la croisade du juge anticroix
Luigi Tosti È il magistrato che si rifiuta di
esercitare in un'aula di giustizia presenziata da un crocifisso. Il caso,
scoppiato in Italia ormai da quasi un anno, È stato prima rilevato dalla UAAR e
adesso È arrivato in Francia. Il 26 ottobre 2004 Tosti aveva attaccato al muro,
accanto al crocifisso, anche la menora' ebraica e il logo della UAAR. Ma il
ministro Castelli gli
ha subito mandato un ispettore e il caso È arrivato a dicembre nelle aule
giudiziarie.
Sabato 3 settembre 2005-09-03
Liberation, quotidiano francese
En Italie, la croisade du juge anticroix
Luigi Tosti se bat pour éliminer les crucifix des salles d'audience.
Par Eric JOZSEF
Rome de notre correspondant
Pour le juge italien Luigi Tosti, c'est quasiment devenu un rituel.
Chaque matin, il se rend au tribunal de Camerino, dans la région des
Marches, pénètre dans la salle d'audience, constate qu'un crucifix est
toujours accroché au mur, demande en vain qu'il soit retiré et renonce alors
à instruire les procès. Depuis le 9 mai, au nom de «l'égalité des citoyens»
et de la laïcité de l'Etat, le magistrat de 57 ans fait grève contre la
croix. Seul, menacé de sanctions par sa hiérarchie, il poursuit obstinément
son combat.
Homélie. «L'Italie est victime d'un débordement clérical et d'une
nouvelle ingérence du Vatican, la bataille des symboles dans les lieux
publics doit être menée», explique-t-il. Alors que, dans son homélie du 15
août, le pape Benoît XVI a répété «qu'il est important que Dieu soit visible
dans les maisons publiques et privées, que Dieu soit présent dans la vie
publique, avec la présence de croix dans les établissements publics», Luigi
Tosti n'en démord pas. Voilà près de deux ans qu'il a engagé la bataille
contre le crucifix. Depuis qu'un juge du tribunal de l'Aquila a donné raison
à Adel Smith, un Italien converti à l'islam radical, qui avait exigé, non
sans provocation, que l'école de ses enfants soit débarrassée des crucifix
dans les salles de classe. A l'époque, l'affaire avait profondément divisé
l'Italie.
«En octobre 2003, quelques jours après le verdict du tribunal de
l'Aquila, je m'apprêtais à présider les débats lorsque des avocats me font
remarquer la présence d'un crucifix dans la salle d'audience, raconte Luigi
Tosti. Pendant des années, je n'y avais pas fait attention. J'ai décroché le
symbole religieux et poursuivi le procès.» Mais durant une pause, le
chancelier du tribunal de Camerino a remis le crucifix en place «au nom de
la loi». «En réalité, il n'existe qu'une circulaire du ministre fasciste
Rocco, datant de 1926, qui indique que les crucifix doivent être exposés
dans les tribunaux. Mais, comme l'a confirmé, en 2000, la Cour de cassation,
cette circulaire a été invalidée par la Constitution républicaine de 1947
qui stipule que les citoyens sont égaux devant la loi sans distinction de
sexe, race, langue ou religion», souligne Luigi Tosti. L'ordonnance de
l'Aquila concernant le retrait des crucifix dans les écoles a ensuite été
bloquée, le président du tribunal s'estimant incompétent pour juger une
telle affaire.
Homélie. Qu'importe, au fil des mois, le petit juge, jusqu'alors sans
histoires, va multiplier les actes de protestation. Devant le refus de
retirer le crucifix, il accroche au mur de la salle d'audience le logo de
l'Union des athées et agnostiques rationalistes, aussitôt retiré par
l'administration. Au printemps, cet homme, qui dit pudiquement «observer les
fêtes juives», apporte au tribunal deux ménorahs, le chandelier juif à sept
branches.
«On peut demander le retrait du crucifix dans sa salle des débats,
mais vouloir l'éliminer partout est un objectif politique», estime Mario
Cicala, ex-président de l'Association nationale des magistrats. Et d'ajouter
avec ironie : «Je comprends le trouble du juge de Camerino, le crucifix est
l'expression d'une erreur judiciaire.»